Les comportements agressifs nous interrogent beaucoup : quelle est
la signification de la morsure, comment intervenir lors de conflits
agressifs et comment les atténuer ?
Suivant les âges, tous les comportement vécus comme agressifs par
ceux qui les subissent (car ils sont douloureux) n’ont pas toujours
cette valeurs d’agressivité de la par de l’ « agresseur ».

Pendant la première année de l’enfant, la morsure est plutôt un
acte d’amour.
L’enfant « croque » sa mère pour essayer de garder un morceau
d’elle à l’intérieur de lui-même… et combien de mère font semblant de
manger leur bébé, provoquant alors des éclats de rire de l’enfant. Ce
comportement avec sa mère, l’enfant l’étend a d’autres objets : il mord
tout ce qu’il aime. De plus, la bouche reste ouverte, au cours de cette
première année, un important moyen de connaissance : c’est avec sa
bouche qu’il suce, qu’il tête, qu’il mord tout ce qu’il trouve à sa
portée, aussi bien un jouet que la main ou la joue d’un autre enfant. Il
découvre l’effet de ses actes : que va-t-il ressentir, que va-t-il se
passer lorsqu’il mord, pince ou tire les cheveux…
Tous ses actes sont, pour lui, une découverte, la recherche d’un
plaisir de contacte mais ils sont ressentis comme agressifs parce qu’il
font mal. Et l’enfant « agressé » a besoin d’être réconforté par
l’adulte présent et même, peut être momentanément protégé s’il est
souvent la proie des expérimentations d’un autre.

LA MORSURE, DÉCHARGE BRUTAL DE TENSION
Au-delà de la première année, la morsure reste un acte impulsif que
l’enfant ne peut contrôler, ni maîtriser. Il correspond souvent à la
décharge brutale d’une tension, d’un malaise intérieur, d’une
frustration qui submerge l’enfant et qu’il ne sait pas encore exprimer
par des mots. C’est pourquoi, si l’enfant agressé a besoin d’être
consolé, « l’enfant agresseur » a aussi besoin de trouver réconfort et
compréhension de la par de l’adulte.

LA RÉPONSE AGRESSIVE DE L’ADULTE
Quelle signification peut avoir une réponse agressive, elle aussi,
de la part de l’adulte ? L’enfant ne sait pas comment exprimer
autrement son malaise et n’en saisit pas toujours la nature. S’il
agresse un autre enfant, ce n’est pas qu’il en veuille particulièrement
à cet autre, mais c’est qu’il à besoin de protéger son être qu’il sent
tout à coup menacé et qu’il veut nous signifier que quelque chose le
perturbe.
Et voilà que l’adulte, au lieu de l’aider à comprendre ce qui se
passe en lui, le gronde, le gifle ou le mord à son tour. Ce qui veut
dire, pour l’enfant, qu’il n’a pas le droit d’exprimer une difficulté,
ou bien ce qui lui prouve que la violence est quelque chose de possible,
à condition d’être le plus grand et le plus fort.

L’enfant a le droit d’exprimer sa
colère, son malaise,
mais il n’a pas le droit de faire
mal à l’autre
Il n’est pas non plus question de cautionner l’expression de
l’agressivité, mais l’adulte est là pour signifier à l’enfant qu’il a le
droit d’être en colère, d’être malheureux, de souffrir de certaines
situations, mais n’a pas le droit de faire mal à un autre. L’adulte doit
signifier à l’enfant qu’il est là pour l’aider à comprendre ce qui le
perturbe, à atténuer sa souffrance et sa violence qu’en agressant un
autre enfant. On peut essayer d’en parler et c’est à l’adulte de mettre
des mots sur ce qu’il peut comprendre de la difficulté, de la
frustration de l’enfant. L’adulte peut aussi prendre de la difficulté,
de la frustration de l’enfant. L’adulte peut lui proposer un mode
symbolisé d’expression de sa violence plutôt qu’un passage à l’acte
impulsif : tous les jeux symboliques – dont les sont capables dés le
milieu de la deuxième année – (jeux de poupée, voiture, construction…)
leur permettent de rejouer des situations qu’ils ont vécues et de mettre
en scène des conflits ou des angoisses que certaines d’entre elles
provoquent en eux. Au lieu de se trouver envahi et submergé par ses
préoccupations, le jeune enfant peut alors les élaborer.
Les adultes condamnent souvent les jeux guerriers des enfants…
alors que jouer à la guerre, ce n’est pas la faire ! Au contraire, dans
ces jeux, l’enfant apprend à se libérer de sa violence, qui existe en
tout un chacun, et apprend à contenir, à contrôler cette énergie pour
l’orienter vers des voies symboliques et des fins plus constructives.

La réparation de la faute
Les adultes ont souvent besoin de susciter une réparation à la
suite d’un comportement agressif : « va lui faire un bisou, maintenant »
c’est vouloir nier, annuler ces sentiments de colère, de violence que
l’enfant ressent en lui. Ce qu’il faut apprendre à l’enfant, c’est que
l’expression de l’agressivité n’est pas toujours destructrice : elle
peut être parlée, symbolisé. En trouvant d’autres moyens d’expression de
ces sentiments, les enfants perdront cette fascination pour la violence
qu’ont encore beaucoup d’adultes et qui trouvent dans les spectacles
violent une satisfaction imaginative de leurs besoin d’agressivité.

Chercher à comprendre ce que nous signifie l’enfant
La fonction des adultes
qui entourent ces enfants est tout à fait importante. Dans
l’organisation de la vie quotidienne et m’aménagement de l’espace des
enfants, un certain nombre de facteurs peuvent permettre de diminuer les
phénomènes de tension et d’agressivités :
Favoriser
des moments de relations individualisés avec un adulte privilégié
(adulte de référence de l’enfant, en collectivité).
Favoriser
l’expression des possibilités motrices et de jeux des enfants (activités
variées en rapport avec les besoins de l’enfant et que chacun peut mener
à son propre rythme).
Eviter
de regrouper un trop grand nombre d’enfants dans un espace trop petit :
utiliser tous les espaces possibles pour permettre l’existence de petits
groupes, cloisonner l’espace en différents « coins » d’activités, sortir
à l’extérieur.
Eviter
des conflits inutiles en prévoyant, par exemple, l’acquisition de
plusieurs jouets semblables pour un groupe (prévoir des jouets pour
l’enfant accueilli pour que ce ne soient pas les enfants de l’assistante
maternelle qui, en plus de partager leur mère est leur maison, doivent
aussi partager leurs jouets…)
Au lieu de condamner et
rejeter l’auteur d’un comportement agressif, il est important de savoir
que ce comportement est l’expression d’un malaise et que la violence
reste l’attitude de celui qui ne voit pas d’autres façons de résoudre un
problème qui l’obsède.
Miriam Rasse

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